dimanche, août 28, 2005

Désir

« Sans cesse à mes cotés s’agite le Démon ;

Il nage autour de moi comme un air impalpable ;

Je l’avale et le sens qui brûle mon poumon

Et l’emplit d’un désir éternel et coupable. » Charles Baudelaire, Les fleurs du mal.

C’est un monstre d’une beauté fatale, un ogre charmeur, une sirène anthropophage. Une religion sans pareil, la religion, la seule. S’il y a un dieu, puissant comme le monde, vaste comme la nature, c’est ce labyrinthe aux façades morbides.

Combien de fois me suis-je noyé dans ces eaux transparentes, combien de larmes avais-je réprimé. La drogue dévastatrice des poètes.

C’est une femme, une créature belle comme la nuit, aussi vivante que le jour. Une déesse aux yeux qui font trembler les hommes, qui détruisent le temps. Femme de mes rêves, femme de l’imaginaire, l’objet de mes supplices et de mes frayeurs.

La raison n’a qu’un seul ennemi, la volonté n’a qu’un seul supérieur, qu’un seul être indomptable, cette femme, cette Aphrodite de la conscience. Je me suis longtemps battu dans cette guerre amoureuse, cette guerre éternelle.

Dans mes épisodes nocturnes, je la vois, je la regarde, pendant des années, des siècles et des fragments de secondes, je l’admire de loin, sans jamais avoir le courage de m’approcher, moi cet être méprisable, ce quadrupède arrogant, je la contemple d’un regard admiratif, hébété par l’espoir.

Dans cette réalité imaginaire, parfois, je touche sa peau, meurtrière des hommes, je goûte les vallées enchantées de ses lèvres, animatrices d’histoire et de mythes, je dévore ses mains, porteuses de l’immortalité instantanée. Je deviens elle. Elle n’est plus, rien que le rêve ne demeure. Nous disparaissons. C’est à ce moment seulement que la femme devient désir, c’est à ce moment seulement que le désir devient femme.

« En fin de journée je t’ai rencontré éternel compagnon, tes mains avaient le dynamisme d’un instrument de torture, ta poitrine, violon sonore, contenait les hurlements de toute une peuplade en révolte, de plus les roulis de tous les navires du monde étaient dans tes yeux.

Ce soir cher compagnon, je m’inscrirai en toi comme dans une tombe et nous ne ferons plus qu’un pour rêver à ces étranges voyages de fleurs. » Jean Pierre Duprey, Premiers poèmes.