jeudi, novembre 09, 2006

Quelques remarques à propos du fédéralisme, ou Critique positive de la fédération:


Un nouveau nom a apparut sur la carte politique du Liban, quoique en miniature, mais non sans importance emblématique. Loubnanouna (notre Liban), le nom lui-même est peut être mal choisit, bien que cela ne soit pas vraiment une raison pour rejeter le projet. Notre Liban, désigne le singulier – un seul Liban. Le Notre par contre désigne un groupe de je unis sous un nous. C’est donc un seul Liban pour un seul groupe, un seul nous. Cette remarque prendra sens à la fin de mes propos j’espère.

Le groupe de Loubnanouna trouve une nécessité pour fédéraliser le Liban, c’est un désir qui existe depuis la création du Liban et n’est qu’une idée – peut être des plus logiques – pour résoudre les problèmes qui sont à la racine de cette « partie du monde arabe ».

Le fédéralisme est certainement un mode de gouvernement profitable pour nombreux états, il est par contre susceptible de présenter des problèmes plus que des solutions. D’abord il faut avoir en esprit que le fédéralisme au Liban a acquit une connotation séparatiste et communautaire, et a été rejeté (à mon avis faussement – et ceci ne signifie pas que j’en suis un supporteur) comme destructif. Pourtant la théorie qui s’applique dans un laboratoire, ne s’applique pas toujours en dehors du laboratoire.

  1. Le fédéralisme se fait sur une base culturelle, religieuse, géographique ou politique (ou autre). Au Liban toute fédération, à cause de son aspect inévitable dans la conscience de la société (des sociétés dois-je dire), prendra la forme (même si non- officielle) d’une fédération communautaire. Le problème se pose donc suite à la répartition géographique des communautés libanaises – chaque fédération aura une identité communautaire, sans être vraiment homogène. Alors deux possibilités se présentent, la première que les minorités dans chaque fédération soient dissoutes dans leur entourage, ou bien que ces minorités se trouvent aliénées (l’exemple de l’Inde et du Pakistan n’est pas très encourageant, l’expulsion et la violence sont donc des choses à considérer, et anticiper).
  2. La fédération implique la division des ressources, et cela dans un pays centralisé comme le Liban est assez complexe. Il faut se mettre d’accord sur une division et plus important, trouver des divisions soutenables économiquement.
  3. Il faut aussi tenir en considération les aspects économiques qui dérivent (la délocalisation des habitants, le chômage, le mouvement économique des populations entre les fédérations et ses implications sociales)
  4. Il faut aussi tenir en compte que toute fédéralisation du Liban est facilement transformable en une autre forme de domination extérieure, une division du pays en de zones d’influences étrangères géographiquement limitées (mais également sinon plus conflictuels). Ceci dit diviser le Liban en fédérations est une recette possible pour une nouvelle guerre « non-civile ». Parier sur la conscience sociale et politique de la société libanaise n’est pas une décision bien considérée. Démontrer qu’on puisse appliquer tel projet de fédération sans que tel projet devienne le nouveau thème des reportages sur le moyen orient (je vois déjà un titre dans les journaux français, La guerre des Libans), est une nécessité pour soutenir tel projet. Pourtant dans « le meilleur des mondes possibles » la fédération est effectivement une solution profitable peut être pour le Liban. Mais hélas on ne vit pas dans un laboratoire, et la fédéralisation du Liban ne signifie pour aucune communauté libanaise la fin de ses soucis (ni l’isolation de la question Palestinienne, ni de l’Iraq, ni de l’Iran, ni de la Syrie, ni de la France, ni des Etats-Unis, ni de l’Arabie Saoudite, et la liste continue), au contraire c’est le contraire qui est probable, et plausible. Imaginons juste pour une minute l’image de tel projet en termes politiques : Une fédération supportée par l’Iran et la Syrie, qui est juste à coté d’une autre sous la direction indirecte de l’Arabie Saoudite, Une troisième qui borde les deux ou les Etats-Unis et la France participe activement au bonheur de la population en leur apprenant la démocratie (et la diplomatie), une quatrième qui, plus proche de la Syrie que des autres fédération géographiquement, choisira une alliance stratégie avec le pays voisin, une cinquième peut être, ou peut être même une sixième, mais l’image est claire, c’est la carte de la prochaine crise du moyen orient.
  5. Pourtant, le dilemme se pose, pour avoir une fédération saine, il faut avoir une stabilité politique, ou géopolitique interne et externe qui pourra soutenir la division et après la division. Mais si on a cela les raisons pour la fédération auront déjà disparues. Peut être faudra t il commencer par résoudre les problèmes qui font que la fédération est nécessaire, pour finalement ne plus en avoir besoin. Il est possible d’argumenter que la nécessité de la fédération est la condition même de son échouement. En d’autres termes, si il y a un désir de fédération il y a aussi les semences d’une guerre.

Photo : La couverture d’un journal publié par Loubnanouna – traduction : « Le Liban, une station enracinée pour le train des conflits ». C’est bien cette affirmation qui est paradoxalement le contre argument pour la fédéralisation.

http://www.loubnanouna.org/